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Les manifestations

Les manifestations au Chili ont lieu depuis le 17 octobre 2019 en réaction à des mesures d’augmentation des prix de services publics. Bien que relativement faibles, ces augmentations déclenchent l’expression d’un profond ressenti de la population à l’encontre des importantes inégalités sociales que connaît le pays.

A l’occasion d’un voyage au Chili en Novembre 2019, je reste quelques jours à Santiago. Tous les jours, en fin d’après-midi, les habitants se regroupent près de la place Baquedano. Les forces de l’ordre y sont aussi. Alors les manifestations dégénèrent tous les soirs.

Les quelques lignes qui suivent sont écrites sur place, sur le moment, sur l’émotion, c’est une impression, Santiago se lève.

Cette série de photos a été prise avec un petit appareil 24×36 argentique Rollei35 S datant des années 1970.
Le scan des négatifs a produit une sorte de bruit qui n’existent pas sur les tirages papier. Je m’en excuse.

Carabineros de dos devant la boutique c'est si bon du Costanera Center Santiago Chile
Carabineros devant la boutique “c’est si bon” du Costanera Center à Santiago

Impression de manifestation

La manifestation est festive. On y va tous en famille après le boulot et on rentre chez soi en chantant pour dîner chez soi ou boire une bière ensemble aux terrasses. Les militaires dans leurs blindés sont l’alibi au loin.
La fumée des poubelles qui brûlent donne l’ambiance des événements populaires.
Les bouffées de lacrymo rappellent que c’est pas pour de rire.
Les artistes peignent et taguent les murs. Sont-ils les seuls à revendiquer ?
Et aussi les photos des morts collés aux façades des immeubles pour ne pas oublier.

Les marchants du temple s’installent. Eau, soda, bière, completos, foulards, lunettes de soleil, masque à gaz, drapeaux,… Tout est en vente sur l’avenue Providencia.
C’est ça aussi les manifs, beaucoup cherchent quelques pièces pour vivre.
Des ultras déguisés font le spectacle avec leurs boucliers “pare” au bras.
Dans un coin la tente des premiers secours rassure.

C’est aussi l’endroit des selfies et des photographes. Smartphones dernier cris et Instagram y sont roi. 
La mascotte de Negro Matapacos, le chien tué par les forces de l’ordre est un spot incontournable pour les manifestants.
Les photographes, opportunistes et pros, tourbillonnent à l’affût d’un mouvement de foule, d’un drapeau levé, d’une figure remarquable. Ils sont trop près, interviennent et mettent en scène.

Eux aussi cherchent le Graal.
Mais est-ce réellement un témoignage vrai ?

Artiste en train de taguer un mur près de la place Baquedano
Un “Marchand du temple” cherche le meilleur endroit sur la place Baquedano
Manifestant et son bouclier bricolé à partir d'un panneau STOP passe devant la tente des premiers soins
Manifestant et son bouclier bricolé à partir d’un panneau STOP passe devant la tente des premiers soins
Manifestantes prise en photo devant la mascotte du chier Negro Matapacos
Manifestantes prise en photo devant la mascotte du chier Negro Matapacos
Manifestant sur la place Baquedano et la statue couverte d'affiches et de slogans
Manifestant sur la place Baquedano et la statue couverte d’affiches et de slogans

Et moi ?

J’y suis aussi d’ailleurs. Et j’y fais quoi ?
Je me fais discret avec mon petit Rollei 35 et je vole quelques photos. 
Mais alors, je témoigne de quelque chose ou je suis un touriste comme les autres ?Pour quoi serais-tu capables de manifester Fred ?
Quelles sont les valeurs que tu veux défendre et te mettre en danger ?
As-tu envie de te rassembler avec d’autres pour défendre ton opinion, ta liberté ?

Même pas sûr.
Sûr de rien,
Sauf peut-être pour la famille, le BBQ, le  Merken et le Carménère.

Arrêt de bus JCDecaux détruit et tagué de l’avenue Providencia